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Pourquoi de la musculation pour le sport?

Je vais prendre comme source de réflexion le Rugby car c’est le sport que je connais le mieux, et qui symbolise le mieux cette problématique. Je pense néanmoins que cela peut également concerner d’autres sports comme le handball, le basket-ball, la natation.

Comme souvent le débat est polarisé : d’un côté les ayatollahs de la musculation, pour qui il est impensable d’être bon au Rugby sans en faire ; de l’autre les « essentialistes » qui considèrent que la musculation n’est pas nécessaire, rend difforme, et dénature le jeu.

Comme souvent, la vérité semble se cacher entre ces deux positions. Voici la mienne.

Au même titre qu’il y a deux avis extrêmes sur la place de la musculation au Rugby, ils se retranscrivent également par rapport aux blessures. Ce que j’ai pu observer, c’est que les blessures arrivent très souvent sur le joueur qui ne pratique pas du tout de musculation… mais également sur celui qui en pratique beaucoup ! étonnant. La musculation nous est vendue comme le remède miracle anti-blessure, mais nous laisse autant blessé que le joueur allergique à tout poids en fonte.

Faut-il faire de la musculation ?

Cela dépend.

D’un point de vue blessures, le joueur qui ne fait pas de musculation manque un outil pouvant permettre de renforcer des muscles rendu inopérant et peu travaillés par son sport, ou rendus dysfonctionnels par le mode de vie sédentaire. Cela concerne par exemple les muscles du haut du dos, permettant d’avoir une posture saine et donc réduire le risque de blessure. Cette absence de musculation peut donc augmenter son risque de blessure.

Le problème, c’est que c’est pareil pour le joueur qui « fait de la musculation » puisque le programme est très rarement adapté : pas d’équilibre entre les groupes musculaires travaillés, entre les mouvements de poussée et de tirage, de la relation tension et longueur de ses muscles et tissus. Le joueur va à la salle et « fait de la musculation ». Tout le problème est là : l’important n’est pas de faire de la musculation, l’important c’est d’avoir une préparation physique adaptée – si possible optimale.

La préparation physique adaptée, c’est celle qui minimise le risque de blessures pour le joueur. Elle peut contenir de la musculation (c’est souvent le cas), mais elle peut aussi en être exempte.
La préparation physique optimale, c’est celle qui en plus maximise les performances – et donc minimise le risque de blessure car une fois blessé, il n’y a plus de performance qui soit.

Je vois donc 3 profils de joueur se dégager :

  • Ceux qui ne font pas de musculation 
  • Ceux qui font de la musculation
  • Ceux qui font une préparation physique adaptée

Ce qui me dérange principalement est qu’une partie des joueurs de la deuxième catégorie font l’effort de faire de la musculation en pensant bien faire. Je ne parle bien entendu pas de ceux qui poursuivent un but esthétique ou « bien-être » : ceux-là ne peuvent prétendre à améliorer leurs performances (les joueurs-bodybuilders), c’est même souvent contre-productif !

 Ces joueurs sont donc engagés dans un cheminement d’amélioration de leur performance, de réduction des blessures, mais la plupart du temps cela ne fonctionne pas car ils sont tout simplement mal guidés. Soit le préparateur physique n’existe pas, soit il n’a pas la possibilité d’accorder le temps nécessaire à chacun. C’est parfois une question de compétence également.

Pour conclure, je reviendrais sur deux phrases souvent entendues après une blessure :

Cas n°1 : « Pas étonnant tu ne fais jamais de muscu »

Cas n°2 : « Arrête la muscu »

Bien que très simplistes, elles font référence aux deux situations mentionnées plus haut.

Le débat ne devrait donc pas être pour moi s’il faut faire ou non de la musculation. Chacun devrait faire ce dont il a besoin pour s’améliorer dans son sport : une préparation physique adaptée, si possible individualisée. Opposer les pro-muscu et les anti-muscu n’a aucun sens : si cela permet d’améliorer son potentiel, alors c’est parti. Si c’est faire de la musculation pour faire de la musculation, ça n’a aucun sens – et ça mènera tout autant à la blessure que de ne pas en faire.

La musculation comme paramètre objectif de la performance ?

Les performances en musculation sont totalement objectivables : je peux évaluer ma progression de façon claire et nette. Si mon 1RM (Maximum sur 1 Répétition) a augmenté de 10kg, alors j’ai progressé. A l’inverse, les progrès sportifs sont beaucoup moins objectivables, surtout dans les sports collectifs. Un joueur peut progresser mais comme le collectif stagne ou régresse, il ne perçoit pas cette progression. Il peut également régresser pour plusieurs raisons indépendantes de lui (qualité des entraineurs, période de blessure). Il peut alors en résulter une certaine frustration, que vient catalyser la musculation pour certains.

Le facteur affectif de la musculation

La musculation vient parfois jouer un rôle émotionnel. Lors d’une blessure par exemple, elle agit comme un catalyseur de frustration : frustration de ne pas pouvoir jouer, voire s’entrainer. Le problème survient quand la musculation prend le pas sur le sport en termes de priorité (en quantité et en qualité), ou quand le rapport à la musculation devient malsain : le joueur va compenser un entrainement spécifique défaillant par une pratique plus intensive de la musculation, un domaine où il maitrise à peu près tous les paramètres, où il progresse objectivement et sûrement.

Ainsi, la musculation n’est plus bénéfique quand elle cesse d’être un moyen et devient une fin en soi. Plusieurs questions à (se) poser pour y voir plus clair :

  • Suis-je actuellement satisfait de mes entrainements (sportifs) ?

Si non, alors il faut d’abord régler ce problème-là. La meilleure préparation physique possible n’aidera que peu un joueur s’il estime qu’il s’entraine mal dans son sport.

  • Est-ce que je m’investirais autant en musculation dans le cas où maintenant les entrainements proposés me plaisent – et les performances sportives suivent ?

Si la réponse est non, alors ce que vous faites à la salle ne peut pas être qualifié de « préparation physique », mais d’amusement.

  • Est-ce que 100% de ce que je fais à la salle de musculation a pour but de devenir meilleur dans mon sport, réduire mes blessures ?

Si non, ce que vous faites est de l’amusement, pas de la préparation physique – et encore moins optimale. S’amuser est important dans le sport, et en préparation physique aussi ! Cependant l’amusement et la recherche du plaisir à la salle de musculation a souvent des effets néfastes sur les performances sportives.

Donc, fait-on trop de musculation ? Je n’en ai aucune idée.

Ceux qui n’en font pas du tout loupent un outil puissant pour progresser.

Ceux qui en font n’ont aucune garantie que cela les aidera à progresser ou à se blesser moins.

Il y a toujours des solutions, qui fonctionnent !

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